Betty Bossi à la crèche?

Les recettes de Betty Bossi, c’est bien expliqué. Pas à pas. Liste des ingrédients, liste des gestes à accomplir, temps de cuisson et une photo du plat terminé. On arrive à faire presque aussi bien. Moi qui suis piètre cuisinière, j’aime.

Accueillir des petits enfants en crèche est un peu plus compliqué que la quiche au Boursin ou la terrine de volaille aux pistaches, mais parfois, on aurait quand même besoin d’une Betty Bossi. L’organisation, dans une institution pour la petite enfance, est fondamentale pour la qualité de l’accueil. Elle doit être centrée sur les enfants et non sur les nécessités de la crèche ou le confort des adultes. Elle doit être stable et connue de tous, mais sans rigidité. C’est le squelette de la vie de la collectivité, autour duquel le quotidien, fait de vécu partagé, de relation et d’imprévus, pourra se dérouler harmonieusement. Or, l’organisation n’est pas toujours le point fort des équipes. Ce n’est pas pour ses aspects organisationnels qu’on choisit le métier d’éducatrice.

Une spécialiste allemande de la petite enfance, Dorothee Gutknecht, est l’auteure de deux livres qui ont été traduits en français à l’initiative du CREDE et des Editions LEP : Manger à la crèche[1] et Microtransitions à la crèche[2]. Ils ont les qualités des recueils de Betty Bossi : concrets, précis, illustrés par des photos et des exemples, faciles à consulter. Mais ils n’ont pas leur défaut. En effet, nulle part, à ma connaissance, la chère Betty ne partage sa philosophie de l’alimentation, sa vision du rapport entre assiette et santé ou son intérêt pour une approche locavore. Alors que Dorothee Gutknecht et ses coauteures explicitent clairement leur conception de la relation éducative. Elles la nomment responsivité et expliquent ce qu’elles entendent par là : « s’accorder de façon adéquate et harmonieuse avec les enfants et avec leur propre équipe », soit, comme le terme l’implique, entendre les besoins et les demandes et y apporter une réponse.

Ce ne sont donc pas des recettes qu’elles proposent, mais une analyse à trois niveaux de ces moments complexes que sont les repas et les temps intermédiaires (qu’elles nomment « microtransitions » par opposition aux grandes transitions comme, par exemple, le passage de la famille à la crèche). Le premier niveau est conceptuel : la vision de l’enfant et de sa place dans son propre développement ; le deuxième est organisationnel : comment organiser une structure collective pour répondre aux besoins individuels de chacun ; et le troisième pratique, qui s’attache aux gestes quotidiens. Deux livres qui offrent une vraie aide pour penser un accueil de qualité et le réaliser.

Raymonde Caffari

 

[1]-Gutknecht, Dorothee ; Höhn, Kariane (2019), Manger à la crèche. Pour une organisation attentive à l’enfant et à ses besoins. LEP, Le Mont-sur-Lausanne.

[2]-Gutknecht, Dorothee ; Kramer, Maren (2021), Microtransitions à la crèche. Comment aménager les moments intermédiaires dans le quotidien. LEP, Le Mont-sur-Lausanne.

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