Le 146 esquissé

Le dossier

Fracheboud s’entretient avec Vandenbroeck, qui critique l’individualisation de la parentalité, exacerbée par des discours comme celui des « mille premiers jours », dont l’effet est de responsabiliser excessivement les parents, tout en dévalorisant le rôle des professionnel·les de la petite enfance. Finalement, il plaide pour une resocialisation de la responsabilité, où parents et professionnel·les pourraient collaborer et partager les défis sociaux et éducatifs.

Luciani analyse comment la sous-représentation des adultes dans les crèches crée une « économie de l’attention », où la sécurité et la gestion des conflits passent avant les besoins affectifs des enfants. Cette tension génère un sentiment de débordement chez les professionnel·les, illustrant les difficultés actuelles dans l’accueil de la petite enfance, la société ne semblant pas vouloir fournir les moyens nécessaires pour une prise en charge optimale des enfants.

Fracheboud critique l’utilisation d’outils simplistes pour mesurer le développement de l’enfant, qui le réduit à des comportements normés et quantifiables. Elle dénonce cette approche comme symptomatique d’une tendance néolibérale qui marchandise l’éducation, en la soumettant à des critères de performance économique. Elle défend une vision plus nuancée et critique de l’éducation, axée sur la formation des professionnel·les et la réflexion collective.

Undurraga critique le travail social génératif, qui essentiellement prépare les enfants à l’école et compense les défaillances sociales d’un système injuste, et plaide pour une révolution. S’appuyant sur les théories du care, elle veut valoriser l’éthique de l’attention et proposer un travail éducatif transformateur. Dénonçant la marchandisation néolibérale du care, elle appelle à une union entre parents et professionnel·les, pour une société basée sur une prise en compte de la vulnérabilité et de l’interdépendance constitutives de toute vie.

Burkhard & Descloux analysent le « temps hors présence enfants » (THPE) dans les structures de la petite enfance, souvent négligé malgré son importance pour la réflexion professionnelle et l’amélioration de la qualité éducative. Leur étude révèle une organisation variable de ce temps, influencée par des directives cantonales floues et des disparités de formation. L’article appelle à une valorisation harmonisée du THPE pour renforcer la professionnalisation et l’accompagnement éducatif.

Borel souligne le rôle de l’imaginaire et de la poésie dans l’éducation des jeunes enfants, critiquant l’approche axée sur la conformité sociale. Elle plaide pour une pédagogie favorisant la créativité et l’autonomie, mais fait face à des résistances des parents et des professionnel·les, influencé·es par les attentes sociales. Selon elle, la poésie et l’expérimentation libre sont essentielles pour le développement des enfants, et l’instauration d’une société plus humaine et créative.

Ferragina analyse les inégalités d’accès aux crèches en Seine-Saint-Denis, où les familles les plus pauvres sont confrontées à des obstacles administratifs et à des critères d’admission opaques. Malgré des investissements publics dans la petite enfance, ces barrières renforcent l’exclusion sociale des familles. L’étude montre que le système favorise l’adaptabilité des familles au détriment de leurs besoins spécifiques, aggravant ainsi les inégalités.

Belleville nous propulse en 2065 à travers une dystopie. A Lausanne, l’éducation des enfants est régie par des Centres d’accomplissement automatisés où des IA contrôlent le développement des enfants, les classant selon leur potentiel et les besoins économiques. Les éducatrices sont remplacées par des techniciennes, et l’éducation devient strictement utilitaire. Un mouvement de résistance, les « Crèches noires », se forme pour retrouver une approche fondée sur des valeurs humaines. 

Robert Frund et Quentin Nussbaumer

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