Le dossier
Golay, Romano et Spack lancent les hostilités en présentant une démarche destinée à recueillir les voix des enfants sur leurs propres expériences des institutions, des espaces qu’ils fréquentent : ici, l’APEMS. La méthodologie ainsi mise au jour n’est pas seulement novatrice, elle est aussi essentielle dans la volonté de faire des lieux d’accueil parascolaires des tiers-lieux, et enfin, elle est accessible et s’adapte « aux particularités du terrain, autorisant les professionnel·les à se l’approprier en qualité de praticien·nes chercheur·euses ». Démarrer par ce bout pour penser, pour faire le parascolaire, nous semble aller de soi.
Evangelisti et Dawirs nous offrent un témoignage de la manière dont une équipe de professionnel·les s’échine à élaborer un nouveau lieu d’accueil pour les enfants entre 10 et 15 ans. Cette équipe doit composer avec une situation complexe : le lieu est neuf, mais n’a pas été pensé pour cet usage, il sert aussi de lieu de passage entre les deux parties de l’école, et les enfants qui y cohabitent sont accueillis selon une multitude de modes différents. Il s’agit de se mettre au travail pour « faire avec » cette réalité plutôt que lutter contre elle, construire des pratiques permettant aux jeunes de tisser des liens entre les différents univers par lesquels ils transitent, et de s’approprier cet espace.
Girard et Bavaud tentent de pallier au mieux un manque criant de données, phénomène très « suisse » qui permet de fonctionner sur le mode « Circulez, il n’y a rien à voir ». Pro Enfance, pour laquelle les deux auteures travaillent, a réalisé un état des lieux en réunissant les acteurs et actrices dans les différentes régions romandes. Le constat est clair : l’accueil parascolaire est fragmenté, son rôle socio-éducatif n’est pas reconnu, la conciliation vie familiale – vie professionnelle demeure reine, et les professionnel·les se débrouillent avec les moyens du bord… Il est donc nécessaire d’inverser la vapeur : penser l’accueil parascolaire de manière à offrir un accueil de qualité à tous les enfants, « reconnaître l’accueil parascolaire comme un acteur à part entière du dispositif socioéducatif », et lui attribuer des moyens suffisants.
Fracheboud a fait un voyage au Luxembourg, elle y a visité un lieu d’accueil inspirant où il semble qu’on prend les enfants au sérieux. Mais ce qui est intéressant, surtout, c’est le contexte qui soutient le travail des professionnel·les. On y découvre que là-bas, les objectifs pédagogiques ont été travaillés conjointement entre les milieux d’accueil, le politique et le monde universitaire. On relèvera aussi que la fréquentation d’un lieu d’accueil parascolaire y est gratuite pendant les périodes d’école. Certain·es feront remarquer que le Luxembourg est un paradis fiscal qui a les moyens, certes. Mais la Suisse n’est pas à plaindre non plus, et pourtant.
N’Deurbelaou a conscientisé le racisme systémique qui se loge dans notre société, ce qui l’amène à s’engager dans des actions militantes. Fort de ces nouvelles lunettes, il scrute le lieu d’accueil parascolaire où il travaille et observe que des micro-discriminations s’y reproduisent, des adultes vers les enfants, mais aussi entre les enfants. Il s’agit ici d’opérer avec une certaine prudence : ni surréagir ni « laisser passer en se disant que ce sont juste des enfants et que cela ne porte pas à conséquence ». Dit autrement, l’enjeu consiste à tenir nos responsabilités d’adultes, prendre les enfants au sérieux, et ouvrir le dialogue avec eux en suivant leurs raisonnements et en les accompagnant dans la déconstruction de ces préjugés bien enracinés.
Mühlebach se demande comment définir et évaluer la qualité de l’accueil dans le parascolaire. Elle affirme que les normes structurelles sont largement insuffisantes à ce propos, que c’est dans les actions et interactions quotidiennes que se joue une part essentielle de cette qualité. Elle dessine une sorte de carte de route pour le parascolaire dans la ville où elle travaille. Il s’agit d’œuvrer à une professionnalisation accrue des équipes et des directions, ainsi qu’à une participation large – incluant les parents – à la définition de ce que devrait être un accueil parascolaire. S’ouvre alors un champ de possibles qui dépasse le simple accueil des enfants pour aller vers la constitution d’une communauté éducative.
Bonvin de Werra, dans la continuité d’un documentaire vidéo à mettre entre toutes vos mains, nous montre une équipe qui se met à réfléchir pour de vrai, ainsi que les changements très concrets que cela amène pour les enfants. Entre un modèle d’« accueil » où on priorise l’ordre et la discipline, et un autre où on s’intéresse aux enfants et à ce qui compte pour eux, il n’y a pas photo ; et ce qui compte en tout premier, c’est les potes ! Comme le résume un des nombreux enfants interviewés : « Avant on était moins ensemble maintenant on est plus ensemble ».
La Rémige
La Rémige est de retour. Elle se demande comment le préfixe –para contenu dans parascolaire participe à définir cet espace. S’agit-il d’« un lieu où l’on est à l’abri du scolaire ? Opposé au scolaire ? Ou auprès du scolaire ? » Peut-être faudrait-il plutôt chercher comment détacher les lieux d’accueil destinés aux enfants de leur puissant tuteur. Toujours est-il que le parascolaire a quelque chose d’une ZAD : « une espèce de friche à défendre, à occuper, à cultiver ». S’ouvre alors, si on sait y faire et si on y met les moyens nécessaires, l’opportunité « d’imaginer un tiers-lieu qui ferait du champ parascolaire une zone de rencontre, d’engagement citoyen et de démocratie vivante ».
Dire & Lire
Nussbaumer et Prizzi sont allé·es à la rencontre d’une enfant de 8 ans pour discuter des livres qui valent vraiment le coup, et pas juste ceux que se conseillent les adultes entre eux. Dans un format Dire & Lire en miroir, c’est l’enfant qui présente ici une série d’ouvrages (dont l’un est carrément « hyper hilarant ») qu’elle recommande chaudement à ses pairs… et auxquels les personnes travaillant dans le parascolaire auront plaisir à prêter également attention.
![Revue [petite] enfance](https://revuepetiteenfance.ch/wp-content/uploads/2022/12/revue_petite_enfance-302x103.png)