Il y a des mots comme ça, venant de nulle part dirait-on, et allant partout. Ne désignant isolément rien de concret, ils font dériver le sens des autres mots en s’y accolant. Les préfixes appartiennent à cette catégorie, para- en est un exemple. Il contient plusieurs effets sémantiques, signalant tour à tour une défense et une protection (paratonnerre), une opposition et une différence (paradoxe[1]), une proximité et un contact (paramédical).
Dans cette valse de sens, comment comprendre le terme parascolaire ? Un lieu où l’on est à l’abri du scolaire ? Opposé au scolaire ? Ou auprès du scolaire ? Le parascolaire est habituellement présenté comme adossé à l’Ecole : en l’observant de plus près toutefois, nous percevons ce qu’il contient de conflictuel et d’incompatible avec la logique dont il est si proche. On se demande alors quels sont les usages et les pratiques que ce champ aspirerait lui-même à développer, si on lui en laissait la possibilité ?
« La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information »[2], déclarait Einstein. Quelle est alors l’expérience que propose l’école à ses élèves ? Sans vouloir offenser personne, c’est surtout celle d’être des « entonnoirs ». Et quelle est l’expérience que propose le parascolaire à ses bénéficiaires ? Sans vouloir offenser personne là non plus, c’est difficile à discerner, et donc à dire. D’où l’idée probablement que ce lieu reste à inventer.
Si nous allons droit au but, disons que le parascolaire a quelque chose d’une ZAD[3]. L’aménagement véritable des conditions-cadres régulant l’utilisation de cette zone sociale est sans cesse différé, cela en faisant une espèce de friche à défendre, à occuper, à cultiver. Or, la sonnette annonçant la fin de la récréation retentit à tout bout de champ, renvoyant chacune et chacun dans sa classe dès que les choses commencent à devenir intéressantes. On laisse la zone en friche, telle une promesse non tenue, une hésitation permanente.
Pourtant, le champ de l’éducation parascolaire pourrait être à l’évidence une zone plus féconde qu’un mauvais copier/coller de ceci ou de cela, qui ne contente finalement personne et dans lequel les professionnel·les sont projeté·es en gardes-chiourmes, étonné·es que les enfants qui y meurent d’ennui leur billent dans le cadre, ou que les parents s’énervent d’être constamment tenus responsables du comportement de leur progéniture hors du cercle familial.
Alors que nos contextes d’existence évoluent et varient sans cesse, nous nous demandons parfois comment continuer à vivre ensemble. Avec son côté hybride, le champ parascolaire est une opportunité concrète de repenser activement la conciliation école-famille-société. L’intelligence et l’imagination professionnelles seront indispensables, mais ne suffiront pas pour avancer réellement. Un soutien politique et citoyen affirmé est nécessaire pour concrétiser et articuler les nombreuses aspirations éducatives et sociales qui gravitent de manière désordonnée dans cette nébuleuse.
Comment créer un projet ambitieux qui réunisse les acteurs et les actrices du scolaire et de l’éducation de l’enfance (enseignant·es, éducatrices et éducateurs, élèves, parents, politiques, écoles professionnelles, etc.) ? Comment activer une recherche-action collaborative (RAC[4]), par exemple, qui mobiliserait les différentes expertises en présence (scientifique, professionnelle, usagère, politique), afin d’imaginer un tiers-lieu[5] qui ferait du champ parascolaire une zone de rencontre, d’engagement citoyen et de démocratie vivante ? n
La Rémige
[1] « Opinion contraire aux vues communément admises. » Larousse (2025). Paradoxe. https ://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/paradoxe/57878.
[2] Albert Einstein (1879-1955).
[3] Zone à défendre. « Espace, le plus souvent rural, occupé par des militants s’opposant à un projet d’aménagement qu’ils estiment inutile, coûteux et susceptible de porter atteinte à l’environnement et à l’intérêt des populations locales. (Cet emploi du terme constitue un détournement de sens de l’acronyme ZAD [zone d’aménagement différé].) ». Larousse (2025). ZAD. https ://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/ZAD/188223.
[4] La Recherche Action Collaborative (RAC) met la recherche au service de la justice sociale (Rullac, S. (2018). Recherche Action Collaborative en travail social : les enjeux épistémologiques et méthodologiques d’un bricolage scientifique. Pensée plurielle, 48, 37-50.) Son essence repose sur la participation active et égalitaire de tous les acteurs et de toutes les actrices concerné·es, qui deviennent des co-chercheurs et des co-chercheuses dans la production de savoirs utiles pour la construction de plus d’égalité et de justice sociale (Les chercheurs ignorants. (2015). Les recherches-actions collaboratives : Une révolution de la connaissance. Presses de l’EHESP).
[5] « Espace de sociabilité d’initiative citoyenne, où une communauté peut se rencontrer, se réunir, échanger et partager ressources, compétences et savoirs. » Le Robert (2025). Tiers-lieu. https ://dictionnaire.lerobert.com/definition/tiers-lieu.
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