La quatrième de couverture de ce numéro de la revue [petite] enfance met en évidence ce que pourrait être un lieu d’accueil parascolaire : un espace dans lequel on aurait l’ambition de considérer les enfants comme des acteurs et actrices du monde social, membres d’une communauté. Ces lieux offrent, et c’est une chance, la possibilité à des enfants, filles et garçons, d’origines diverses de se côtoyer, d’expérimenter le vivre ensemble et de s’ouvrir à l’altérité. Mais, comme nous le savons tous, il ne suffit pas de mettre des enfants ensemble pour que se construisent des relations sans préjugés et sans discriminations. Les enfants vivent dans le même monde que nous, ils et elles grandissent dans une société marquée par des rapports de domination qu’ils et elles incorporent de manière inconsciente. « Le champ de la petite enfance et de l’enfance se retrouve au cœur de ces enjeux. Il constitue un vecteur privilégié de réflexion et de mise en discussion ainsi qu’un levier d’action » (Dayer, 2015, p. 12). C’est ici que les professionnel·les ont un rôle important à jouer en matière de prise de conscience ainsi que de posture, comme l’illustre cet article au travers de la question du racisme.
En mai 2020 éclate l’affaire George Floyd aux Etats-Unis. Un Afro-Américain subit des violences policières atroces, menant à sa mort par étouffement, tout cela filmé et diffusé dans le monde entier.
Face à cette injustice, d’innombrables questionnements émergent en moi, allant de la gestion de mes émotions, à l’indignation générale pour finir par douter de la valeur de ma vie en tant qu’homme noir. Je me dis que cela ne se passe que dans d’autres pays, que cela n’arriverait jamais en Suisse. Puis je réalise que d’autres ont connu le même destin dans ma ville natale que je porte dans mon cœur : Lausanne. Mike Ben Peter et Lamine Fatty en font partie.
Comment transformer toute cette émotion pour en faire quelque chose qui ait du sens ? J’ai fini par rejoindre un groupe de jeunes étudiant·es. En moins d’une semaine, nous avons organisé une manifestation pacifiste pour dénoncer les bavures policières et le racisme qui a mobilisé plus de 2000 participant·es. Le mouvement Black Lives Matter (La Vie des noir·es compte) n’a jamais autant rassemblé les foules que durant les mois de mai et juin 2020. Tel un raz-de-marée, Black Lives Matter a réuni des millions de personnes afrodescendantes à travers le globe et leur a ouvert un espace de parole afin de visibiliser les épreuves auxquelles elles font face au quotidien. Ces espaces ont pris différentes formes : médias, réseaux sociaux, événements sportifs ou culturels ainsi que des engagements politiques et associatifs.
Pour ma part, j’ai rejoint l’association A Qui le Tour[1] qui lutte contre le racisme systémique et les violences policières depuis sa création en 2016. Cela m’a permis d’acquérir des connaissances sur l’histoire de l’Afrique et de la colonisation, mais aussi sociologiques et psychologiques en lien avec le racisme. Dans le cadre de l’association, j’ai également participé à préparer et animer des formations destinées aux institutions publiques et étatiques visant à engager les professionnel·les de ces structures dans un travail de déconstruction des préjugés et des idéologies racistes. Fort de cette expérience, j’ai prolongé cet engagement jusqu’à devenir le vice-président de l’association.
Tout ce parcours militant se combine simultanément avec mon parcours professionnel : j’ai obtenu mon Bachelor en animation socioculturelle à la HETSL[2] durant l’été 2020. Je travaille dans le domaine parascolaire, à l’APEMS de Boissonnet à Lausanne. Mon engagement autour de la question du racisme m’a amené à observer que des préjugés, des stéréotypes et des discriminations sont déjà présents autant chez les enfants que dans le personnel éducatif. Cela m’a incité à réfléchir à la manière de réagir à ces situations afin de déconstruire le racisme chez les enfants de façon préventive et bienveillante.
Racisme chez les adultes : déconstruction d’un héritage historique et sociétal
Il existe de nombreux documentaires traitant du racisme et de ce que cela génère d’être noir·e, notamment I am not your Negro[3] (2016). Un élément frappant, c’est qu’aucune émission ne travaille la question : « qu’est-ce qu’être blanc ? ». C’est une question qu’on ne pose jamais, comme l’explique Lilian Thuram (2020) dans son livre La pensée blanche. Notre société actuelle s’est construite en partant d’une norme européenne à bien des égards. Par exemple, on dit souvent que c’est Christophe Colomb qui a découvert l’Amérique, comme si ces terres n’avaient pas été conquises aux personnes qui y vivaient depuis des siècles. Aviez-vous remarqué que la carte du monde, telle qu’on la représente dans les pays occidentaux, agrandit et place l’Europe au centre tandis qu’elle rétrécit les autres continents ?
Si l’on se réfère aux livres et programmes scolaires, on constate encore aujourd’hui que, mis à part la période de l’Egypte ancienne, l’histoire de l’Afrique est majoritairement introduite via l’esclavage alors que les siècles précédant ces événements ne sont jamais évoqués. On constate également que certains stéréotypes visant les afrodescendant·es de nos jours sont des vestiges d’une idéologie prônée à travers le Code noir, ouvrage qui servait de texte de loi et de réglementation sur les esclaves durant la traite. Je pense notamment à l’article 25 du Code noir en lien avec les conditions de vie et d’hygiène, stipulant que les esclaves avaient droit à « deux habits de toile ou quatre aulnes de toile » (Thuram, 2020, p.63) par année. De ce travail forcé acharné dans de piètres conditions d’hygiène découle le stéréotype que les noirs sentent mauvais.
Ces représentations ont façonné l’expérience des personnes ayant grandi en Suisse, comme dans les autres pays occidentaux et les stéréotypes peuvent être transmis de manière inconsciente par les adultes aux enfants. En psychologie, on parle de biais cognitifs pour définir ces raisonnements expéditifs basés sur nos schémas de pensée préconstruits, en rapport avec nos origines, genres et classes sociales.
Prenons par exemple un biais que je constate fréquemment de la part de personnes originaires d’Europe envers celles issues d’Afrique et/ou des Caraïbes : l’identification de la langue.
Lorsqu’on me demande quelles sont mes origines, je réponds souvent de la même manière : je viens d’Haïti de par ma mère et du Tchad de par mon père.
Une des questions qui s’ensuit généralement est : « parles-tu haïtien et tchadien ? » Cette question, habituellement posée de manière curieuse et bienveillante, est pourtant biaisée… D’un point de vue eurocentré, une personne d’origine française parlera français, une personne allemande parlera allemand et ainsi de suite… Cependant, c’est lors de la conférence de Berlin en 1885 que les puissances européennes se sont réparties différentes régions de l’Afrique sous forme de colonies et ont défini les frontières des pays telles qu’on les connaît. (Thuram, 2020, pp. 81-82). Cette répartition a été faite de manière arbitraire et basée sur des intérêts politico-économiques, sans prendre en compte les frontières des royaumes africains ni les régions linguistiques. De ce fait, plusieurs langues sont généralement parlées dans les pays africains et/ou des Caraïbes, en plus de celle imposée par les colons.
Un des potentiels vecteurs de biais présents chez les adultes est lié à l’héritage culturel, concept développé par le sociologue Pierre Bourdieu. L’héritage culturel englobe toutes les ressources reçues dans notre entourage proche, qui est transmis principalement par la famille : habitudes, valeurs, accès au sport et à la culture, ou encore niveau d’éducation scolaire. Cet « héritage est analysé par le sociologue comme un vecteur de reproduction de la hiérarchie sociale. À l’échelle familiale, l’héritage fait l’objet de stratégies visant au maintien et à l’amélioration de la position sociale des membres de la famille » (Jourdin & Naulin, 2011, p. 6). Selon Bourdieu, « loin de mettre fin aux privilèges conférés par l’héritage, l’école s’appuie sur les dispositions culturelles héritées pour assurer la reproduction des positions sociales » (ibid. p. 6). Qu’en est-il dans le parascolaire, qui prend de plus en plus de place dans la vie des enfants ? Nous devons avoir conscience que notre prise en charge peut perpétuer des positions sociales, mais aussi des stéréotypes et favoriser la discrimination si nous manquons de vigilance et traitons les enfants de manière inéquitable.
Racisme chez les enfants : construction d’une pensée inclusive
A travers quelques éléments théoriques, je souhaite démontrer comment une pensée pouvant générer des propos racistes peut être construite dès le plus jeune âge. Je tiens par ailleurs à préciser d’entrée un postulat de base : on ne naît pas raciste, on le devient. Les enfants sont particulièrement sensibles à leur environnement, ils sont curieux du monde, ils cherchent à le comprendre. Pour ce faire, ils observent leur entourage, ils écoutent nos propos, ils imitent et construisent des catégorisations. Une base sur laquelle des stéréotypes peuvent se développer.
Selon Piaget, les enfants âgés de 2 à 7 ans sont dans une période charnière : le stade préopératoire. L’enfant commence à se construire des représentations mentales. Il apprend notamment par le jeu et les interactions avec son entourage. Ce stade de développement est marqué par un fonctionnement par globalisation et généralisation qui implique que l’enfant est particulièrement sensible aux stéréotypes et préjugés véhiculés (Glévarec & Sabatier, 1997, pp. 104-106).
Les enfants doivent composer avec les environnements proposés par les adultes, professionnel·les ou parents, qui vont avoir une influence sur leur représentation du monde ainsi que leur estime de soi. Les psychologues et sociologues afro-américains Kenneth et Mamie Clark ont su mettre en avant ces enjeux grâce à l’expérience des poupées[4]. Durant la période de ségrégation raciale aux USA, les Clark ont présenté à des centaines d’enfants noir·es entre 3 et 7 ans des poupées blanches et des poupées noires. Ils leur demandaient laquelle était la plus belle, la plus laide, ayant la plus jolie couleur, la plus gentille et celle avec laquelle ils joueraient. Les résultats ont démontré que les poupées blanches recevaient le plus de suffrages à tous points de vue. La poupée noire était perçue comme méchante et moche par 75% des enfants afro-américains. Ce test a permis de mettre en évidence le sentiment d’infériorité ressenti chez les enfants dès le plus jeune âge et a joué un rôle crucial dans la réforme du système éducatif américain dans les années 1960, mettant fin à la ségrégation dans les écoles. Cette question a été abordée dans l’émission Dans la tête d’un noir[5] diffusée par la RTS, durant laquelle l’expérience des poupées a été réitérée en 2020 avec des enfants noir·es et métis·ses né·es en Suisse. Les résultats sont beaucoup plus équilibrés que ceux de l’époque avec un 50/50 sur toutes les questions. Lorsque les parents desdits enfants sont interrogés, la majorité répond qu’un travail sur l’estime de soi et la valorisation de leurs origines est fait à la maison, en prévention face à une société qu’ils jugent encore trop discriminatoire. Cette constatation quelque peu rassurante montre l’importance du rôle des adultes et de l’entourage.
De ce fait, nous avons à nous questionner : quelles sont les images que nous véhiculons auprès des enfants ? Quels termes utilisons-nous lors de nos jeux avec les enfants dans nos lieux d’accueil préscolaires comme parascolaires ? Quel matériel proposons-nous aux enfants pour peupler leur imaginaire ? Y a-t-il par exemple des poupées représentant les divers types de peau, ou traits de visage ? Peut-on trouver des images d’enfants de différentes origines sur les murs ou dans les livres mis à disposition ? Et si c’est le cas, comment sont-ils représentés ? Trop souvent, les enfants noirs des livres d’images vivent dans une case au cœur de la jungle… Même si le « Qui a peur de l’homme noir ? » semble avoir aujourd’hui disparu des cours de récréation, il y a bien d’autres angles à interroger si nous désirons développer une pédagogie antiraciste.
Entre 7 et 12 ans, les enfants commencent à construire leurs propres raisonnements. C’est le stade des opérations concrètes selon Piaget. C’est un âge où ils deviennent plus conscients des différences, commencent à les articuler et leur donner sens ; qu’elles soient culturelles, identitaires, religieuses ou encore visibles dans les régimes alimentaires.
Ces différents éléments m’ont amené à réfléchir à la manière dont les professionnel·les pourraient participer à diminuer la transmission de stéréotypes, la perpétuation de rapports de pouvoir (les noir·es tout en bas d’une hiérarchie organisée selon l’origine et les caractéristiques physiques des personnes) et donc des inégalités. Je me suis questionné notamment sur la façon la plus appropriée d’intervenir lorsque les enfants tiennent des propos à caractère raciste. Le risque est toujours double : d’une part, de réagir trop fort et de moraliser les enfants sans les aider à comprendre, et d’autre part, de laisser passer en se disant que ce sont juste des enfants et que cela ne porte pas à conséquence.
Un colloque d’équipe m’a permis de partager mes réflexions avec mes collègues. Je leur ai aussi proposé une petite « méthode » pour réagir dans ces situations, que j’ai intitulée « DED ». Elle consiste à ouvrir le dialogue en trois temps : désamorcer les propos, évaluer le niveau de compréhension des enfants, et déconstruire.
Désamorcer
La première étape est de stopper ce qui est en train de se passer. Comme le dit Dayer (2015, p. 20), « ce qui est ressenti de façon spécialement violente par les enfants et les jeunes dans leurs expériences de discrimination est la non-intervention des adultes ». Intervenir est nécessaire pour que les enfants ne subissent pas le racisme, se sentent protégé·es. Mais il s’agit aussi de mesurer la situation. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de constater que des propos d’un ou d’une enfant avaient été amplifiés, mal interprétés par d’autres enfants.
J’ai par exemple interrompu un conflit entre deux enfants où l’un accusait l’autre de racisme. Les deux enfants jouaient aux échecs et l’un d’entre eux avait affirmé vouloir absolument les pions blancs, car celui qui les possède commence le jeu.
Il s’agit donc d’écouter les enfants, de leur proposer d’aller au bout de leur raisonnement, d’une part pour comprendre ce qui se joue, et d’autre part pour pouvoir identifier les raisonnements erronés et/ou discriminants.
Evaluer le niveau de compréhension
Je me réfère ici aux stades de développement définis par Piaget précédemment évoqués. En fonction du stade, la construction des représentations n’est pas la même et en tant qu’adulte, nos réponses se doivent d’être simples et accessibles pour les enfants.
Déconstruire
En fonction du niveau de compréhension des enfants, les adultes se doivent d’accompagner et guider leur travail réflexif. La finalité doit être que les enfants saisissent pourquoi ils ont été repris et ce qui n’a pas été adéquat dans leurs propos ou agissements afin de ne pas les répéter. La logique et le cheminement des enfants peuvent leur être propres et adaptés à la compréhension du monde tel qu’ils et elles le perçoivent.
L’idée est de proposer une marche à suivre qui puisse aider les professionnel·les lorsqu’ils et elles sont confronté·es à des situations en lien avec du potentiel racisme et tout autre type de discrimination.
Situations du quotidien
J’aimerais décrire ici deux saynètes que j’ai tirées du quotidien de mon travail d’éducateur dans le parascolaire afin de mettre en avant la construction des raisonnements des enfants :
La première se passe durant une fin d’après-midi. J’étais en pleine discussion avec une fille de 8 ans qui me demandait si j’étais amoureux de sa maîtresse d’école. Pour plaisanter, j’ai dit oui et sa réponse, sur le moment, m’a sidéré : elle m’a répondu que cet amour était impossible, car sa maîtresse était blanche et que j’étais noir.
Ma réponse face à ses propos a été de lui demander d’expliquer son raisonnement et de fil en aiguille, j’ai compris après plusieurs reformulations que cette enfant ne savait pas ce qu’était le métissage. Dans son entourage familial, ses parents ne fréquentent que des personnes blanches, ou du moins européennes. Malgré le fait que l’école de Boissonnet soit multiculturelle, ses amies et amis proches à l’école sont aussi blancs. Elle imaginait donc un monde dans lequel les êtres humains se mettent en couple avec des personnes identiques à elles et donnent naissance à des enfants ayant une couleur de peau similaire à celle de leurs parents. De ce fait, le raisonnement de cette petite fille se construit à partir de ce qu’elle a observé autour d’elle. Cela a été l’occasion d’une discussion lors de laquelle j’ai pris le temps de lui expliquer ce qu’est le métissage en citant l’exemple de plusieurs de ces camarades présents à l’APEMS et dans sa classe d’école.
Lorsque sa mère est arrivée, je lui ai fait part de notre échange. Elle a réagi en s’excusant à plusieurs reprises. En voyant sa gêne, il m’a semblé important de la rassurer en précisant qu’il s’agit de raisonnements d’enfants. J’ai suggéré que c’était peut-être le bon moment d’ouvrir des discussions sur les origines et les autres cultures à la maison, sous peine de favoriser de manière involontaire des réflexions basées sur une norme de couleur.
La seconde situation se passe durant un goûter avec des garçons de 9 et 10 ans, le sujet de conversation principal était le foot, car c’était en période de coupe du monde et les cartes Panini faisaient fureur dans les cours d’école. Les deux amis sont d’origine différente : portugaise pour l’un, éthiopienne pour l’autre.
Dans la discussion, les deux enfants parlent de leurs rêves de jouer au foot dans de grands clubs. Pour valoriser cela, je leur dis qu’il est important de s’entraîner dur et que j’espère un jour les voir sur des cartes paninis comme leurs joueurs favoris. Pour rigoler, l’enfant portugais dit à son camarade éthiopien : « Le jour où tu auras ta carte panini, il y aura écrit “singe” dessus. »
J’ai coupé court à la discussion de façon très sèche en expliquant que c’était la première et dernière fois que je voulais entendre de tels propos. J’ai demandé à l’enfant qui venait de proférer des propos racistes s’il se rendait compte de la gravité de ce qu’il avait dit et d’où lui venait cette idée. Il m’a alors confié qu’il avait entendu beaucoup de propos racistes dans le foot et qu’il pensait que cela pouvait être normal de les utiliser pour provoquer l’adversaire et le déconcentrer. J’ai poursuivi la discussion avec les deux enfants pour mettre en évidence deux éléments : d’une part, le fait de comparer des personnes à des animaux est dénigrant. D’autre part, les valeurs du sport ne prônent pas d’utiliser des insultes et propos racistes pour gagner, même si des dérives existent et qu’ils ont sans doute pu les observer dans les retransmissions de match ou d’autres médias. Comme l’explique Beck (2022), « le sport a toujours été un miroir de la société, il n’est donc pas étonnant d’y retrouver des schémas de pensée racistes ». Elle ajoute : « Les sports d’équipe sont particulièrement vulnérables à la pensée xénophobe et raciste, car le principe “nous contre les autres” y prévaut. Les foules de spectateurs et les possibilités d’identification telles que la nation, la religion ou la patrie, ont un effet décuplant. »
Dans ces situations, je trouve aussi pertinent de terminer la discussion de manière à fédérer les enfants, en échangeant avec eux sur ce qui les rassemble plutôt que ce qui les différencie ; c’est-à-dire, dans ce cas, leur passion pour le football, leur amitié et les échanges qu’ils ont ensemble au quotidien.
Comme cet exemple le montre bien, le racisme n’est pas le produit d’opinions individuelles, il est ancré dans la société. Les enfants entendent ce qui se dit autour d’eux, dans les médias et sur les réseaux sociaux, et cela participe à construire leur représentation du monde. Le racisme est intrinsèquement lié, comme les autres formes de discriminations, à « l’idéologie libérale qui est au cœur de notre système politico-économique [et qui] repose notamment sur des rapports de compétition, de domination et de discrimination (…) que l’on retrouve de manière plus ou moins feutrée et diffuse dans les institutions » (Frund, 2022, p. 79). En tant que professionnel·les du travail social (l’accueil parascolaire en fait pleinement partie), nous avons la responsabilité de nous en préoccuper, à notre échelle. Cela nécessite d’en prendre conscience, d’être capable de reconnaître et déconstruire nos propres préjugés et d’accompagner les enfants dans la même démarche, afin d’éviter tant de reproduire ces oppressions, que de laisser les enfants les perpétuer entre eux. Comme le relève Caroline Dayer (2015, p. 20), les normes « ne sont pas gravées dans le marbre, mais se trouvent au cœur de l’histoire en train de se faire, nous pouvons ainsi participer non pas à la perpétuation des inégalités, mais au respect des droits humains ».
Nodjii N’Deurbelaou
Bibliographie
Beck, M. (2022). Le racisme dans le sport : un miroir de la société. Dans Musée National Suisse. https ://blog.nationalmuseum.ch/fr/2022/04/le-racisme-dans-le-sport-un-miroir-de-la-societe/
Dayer, C. (2015). Agir dès le plus jeune âge : quelle posture professionnelle face aux discriminations ? Revue [petite] enfance, 118, 12-21.
Frund, R. (2022). Compétition et micro-oppression systémiques dans les institutions de la petite enfance : vers une pratique pédagogique socialement éthique. Dans PEP et Revue [petite] enfance (éds) (2022). Plus vite, plus tôt, plus fort : l’égalité des chances passe-t-elle par l’encouragement précoce ? (pp. 77-84).
Jourdain, A. & Naulin, S. (2011). Héritage et transmission dans la sociologie de Pierre Bourdieu. Idées économiques et sociales, 166, 6-14.
Thuram, L. (2020). La pensée blanche. Editions Philippe Rey.
[1] https ://www.instagram.com/association.aquiletour/ ?hl=fr
[2] Haute école de travail social Lausanne
[3] Peck, R. (réalisateur). (2016). I’m not your negro. [film]. Velvet film. https ://www.iamnotyournegrofilm.com/
[4] Voir par exemple https ://www.naacpldf.org/brown-vs-board/significance-doll-test/
[5] https ://www.rts.ch/play/tv/dans-la-tete-de/video/dans-la-tete—-dun-noir ?urn=urn :rts :video :11567640
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