Cet article souhaite interroger la place réellement octroyée à la pensée de l’enfant dans les échanges verbaux avec les professionnel·les, la façon dont il est possible d’accompagner l’émergence et l’expression de cette pensée, ainsi que les embûches et les illusions qui peuvent jalonner ce type d’échanges. A travers trois brèves séquences de discussions au sein d’un groupe d’enfants âgés de 6 à 7 ans, dans une perspective d’ateliers philosophiques (il s’agit parfois de discussions sur le vif, que j’oriente dans ce sens) au sein d’une UAPE[1], je vais tenter de montrer en quoi une approche volontairement philosophique avec les enfants crée une relation pédago-éducative particulièrement propice au développement et à l’affirmation d’une « pensée critique » chez l’enfant.
L’idée d’inclure une perspective philosophique dans une institution d’accueil de l’enfance m’était totalement étrangère. C’est en rencontrant J. Fraefel, directrice d’UAPE, lors d’une présentation qu’elle était venue effectuer, que l’association entre enfance et philosophie m’est apparue comme une évidence, simplement parce qu’elle permettait de laisser à l’enfant un espace consacré à sa libre pensée et à sa parole. Ma curiosité étant attisée, j’ai eu envie de m’y essayer et de créer un groupe de discussion. A vrai dire, je me suis lancée tête baissée, sans vraiment connaître le sujet, ses problématiques et ses bénéfices, ni mon rôle. Constatant le peu de succès que rencontrait cette initiative auprès des enfants, j’ai fini par abandonner l’idée, sans me rendre pleinement compte que le problème résidait essentiellement dans mon manque d’expérience.
Tandis que j’effectuais ma première année de formation à l’ESEDE[2], nous avons eu un cours sur la philosophie avec les enfants, animé par A. Herriger, et j’ai de nouveau eu un coup de cœur pour ce thème. J’ai donc décidé de réaliser mon travail de diplôme sur ce sujet, afin d’approfondir mes connaissances.
Ayant aujourd’hui terminé mes études, j’ai décidé de mettre en place des ateliers-philo avec le groupe d’enfants dont je m’occupe dans ma pratique professionnelle. Par le biais de cet article, j’aspire à mettre en évidence certains aspects de ce type d’activité qui demeurent toujours à façonner dans ma propre pratique. Autrement dit, il s’agit autant de rendre compte d’une pratique que d’en approfondir ma propre compréhension à travers cet exercice réflexif.
Les ateliers-philo en UAPE
La philosophie comme pratique peut s’avérer extrêmement féconde pour aider les enfants à s’ouvrir au monde, penser leur monde, le questionner, entrer en dialogue avec lui et les autres humains qui l’habitent.
Selon la Convention internationale des droits de l’enfant, à l’article 13 alinéa 1 : « L’enfant a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen du choix de l’enfant. »[3]
Philosopher, c’est plus qu’un dialogue autour d’un café (ou dans le présent contexte, autour d’un verre de sirop) : c’est prendre le temps de penser en dehors des urgences du monde, de réfléchir à loisir, de se poser des tas de questions de manière spontanée sur la vie.
Les temps de discussion sont abordés de diverses façons. Afin d’éviter les discussions « tours de table », nous utilisons divers supports : un livre, un dessin, de la peinture ou toute autre forme d’art. Le but est de combiner dialogue et plaisir. Incontestablement, certains enfants ont plus de facilité à s’exprimer grâce à l’art. Pour donner un exemple, il est plus aisé pour certains d’élaborer et de partager une réflexion avec leurs pairs à travers un dessin ou une peinture : « Discuter, débattre autour de l’œuvre d’art en développant le respect de ses interlocuteurs et de leurs appréciations divergentes fait donc bien partie d’une vision humaniste et démocratique de la société » (Blond-Rzewuski, 2018, p. 146).
L’objectif ici est de donner un espace de parole ludique à chaque enfant, en lui offrant un cadre favorable à l’expression, en lui laissant le plus de place possible, et d’apprendre à écouter les différents points de vue qui s’expriment, afin de parvenir à dialoguer autour des thèmes abordés. Au sein des ateliers, la jeune penseuse ou le jeune penseur dialogue avec ses pairs sur les domaines les plus variés : émotions, politique, art, mort, vivre ensemble.
Le risque serait que la philosophie soit réduite à l’expression d’un point de vue purement subjectif que l’on doit universellement respecter : cela pourrait conduire à des formes de relativisme et de tolérance problématiques. Certes, les enfants ont des espaces dans lesquels ils peuvent s’exprimer, néanmoins, les adultes qui les encadrent dans un contexte pédago-éducatif ont la responsabilité de les amener à se questionner notamment sur le rapport à autrui et au monde. Nous sommes bien dans le domaine d’une éthique appliquée : comment puis-je me comporter dans le monde, sachant qu’il y a d’autres êtres qui peuplent ce même monde et qui ont des intérêts ou des points de vue différents du mien ? La vie en collectivité est l’un des sujets les plus importants à travailler en UAPE ou en crèche. Des valeurs collectives, d’entraide, de collaboration peuvent être mises en discussion avec des valeurs de réussite individuelle et de compétition qui prévalent par ailleurs. Evidemment, l’une des règles centrales des ateliers-philo consiste à éviter toute forme d’injures ou de discriminations au sein du groupe d’enfants.
Un élément fondamental que je travaille dans mes ateliers est la reconnaissance de l’enfant comme penseuse ou penseur, comme interlocutrice ou interlocuteur à part entière. Les enfants sont des membres de la société, il est normal de les entendre, de parler avec eux, de les considérer comme des personnes à part entière. Selon J. Hawken (2017, p. 581), à travers la pratique de la philosophie, les enfants élaborent un regard différent sur eux-mêmes et sur les autres, et renforcent considérablement leur estime de soi.
Dans la pratique philosophique avec des enfants, nous analysons ensemble, nous examinons les points de vue de chacun·e en posant diverses questions, en tenant compte de tous les avis en présence. Cela suppose un cadre clair posé au préalable et réaffirmé, au besoin, au fil des discussions.
Introduction des trois analyses
Afin de rendre visible au mieux mon travail, je me suis basée sur trois expériences vécues au sein du groupe d’enfants avec lequel je travaille. Je vais premièrement exposer une situation qui, selon moi, est un exemple à ne pas suivre ; dans un second temps, je réfléchirai sur un moment de discussion spontanée qui s’est transformée plus ou moins en atelier-philo improvisé ; et pour finir, je reviendrai sur un atelier à thème spécifique, préparé en amont. Le but ici est d’analyser ce qui rend un atelier plus ou moins pertinent et enrichissant pour le groupe et/ou pour l’enfant, tout en questionnant la posture professionnelle dans ces situations éducatives particulières.
Analyse 1 : Un exemple à ne pas suivre ?
Les enfants sont assis à table, nous sommes au repas de midi. Je lève la main pour demander le silence : les enfants savent que ce geste signifie que tout le monde doit écouter. Je leur explique que nous allons voir les règles du repas ensemble. Avant de commencer ce moment, je leur rappelle qu’ils doivent se garder de couper la parole, afin que tous et toutes puissent être entendu·es et reconnu·es. Je leur demande s’ils ou elles ont une idée de règles. Laurine[4] lève la main : « On ne peut pas se lever de table. » Je l’interroge, elle et ses camarades : « Comment ça, on ne peut pas se lever de table ? Cela veut dire qu’on n’a pas le droit de se servir à manger ? » Un non collectif retentit. Hugo répond qu’on doit avertir l’adulte si par exemple on doit aller aux toilettes, ou si on veut se servir une autre fois. J’interroge le reste du groupe en leur demandant s’ils sont d’accord avec ce qui a été dit, le reste du groupe acquiesce avec un grand oui…
La situation ci-dessus est un parfait contre-exemple, puisque, en termes d’atelier philosophique, le but est de donner une place à l’enfant sans influer sur son avis ou ses idées. En opérant un retour réflexif sur cette situation, j’ai pu m’apercevoir que mon approche n’a pas eu l’effet escompté, cette discussion ne favorisant pas une participation véritable de l’enfant. Il s’agit au contraire d’une situation où tous les enfants sont comme tenus de converger vers des règles et dans laquelle l’adulte vérifie en somme qu’elles sont bien intégrées. Cela ressemble alors plus à une forme de stratégie de gouvernance déguisée en participation des enfants. Dans le même sens, la recherche de compromis ou de consensus ne peut constituer l’objectif d’un atelier-philo.
Laisser de la place à la pensée des enfants peut ainsi s’avérer plus difficile qu’il n’y paraît. Nous avons tendance à vouloir leur inculquer nos pensées ou à vouloir parler à leur place. Notre statut et notre expérience nous imprègnent de la croyance que notre pensée a une valeur supérieure, celle des enfants étant certes charmante, mais aussi incomplète et fantaisiste. Incontestablement, laisser une vraie place à la pensée de l’enfant nécessite une remise en question de la posture et de la pratique éducatives, orientées alors vers une forme de lâcher-prise. L’adulte ayant pour rôle d’apprendre à l’enfant qu’il peut y avoir plusieurs idées et différents angles d’approche sur un même sujet, il lui revient de prendre conscience que ce principe vaut aussi, et peut-être d’abord, pour elle ou lui. « L’identification de l’enfant aux adultes de son entourage est d’autant plus nourrissante qu’eux-mêmes ne sont pas pris dans une pensée unique et standardisée », nous indique Golse (cité par Gravillon, 2021).
Si c’est uniquement en termes d’autorité statutaire que l’adulte se positionne, le risque est l’écueil de l’âgisme : « Ne réponds pas à un·e adulte, tu dois respecter les grandes personnes… » Si la légitimité de l’adulte est au contraire ancrée dans sa cohérence éducative, la confiance qui se tisse entre elle ou lui et l’enfant permet une véritable communauté démocratique, dans laquelle tout le monde n’a certes pas le même rôle, mais où tout le monde a une place et se voit respecté en qualité de membre du groupe social.
Dans notre exemple, il n’aurait pu être question que le repas parte en roue libre et que le cadre habituel explose, il s’agissait plutôt de rendre les enfants sujets de ce moment en questionnant leurs besoins et leurs désirs. Quand bien même ils apprennent à réaliser que tout désir ne peut être satisfait, les enfants doivent selon nous pouvoir éprouver la liberté de désirer.
Ce qui rend ce type de thème intéressant, c’est qu’il permet de « philosopher » avec les enfants en abordant le thème des limites de leur propre action, mais également celui des limites des actions des éducatrices : cela devient un questionnement sur les règles qui peut être très fécond à maints égards.
Dans un questionnement philosophique sur les règles de table, il aurait probablement été plus pertinent d’aborder le thème avec une seule règle à la fois. Ici, la discussion aurait pu être amenée en interrogeant par exemple les enfants sur ce qu’ils pensent des règles, comment ils les perçoivent, pour, dans un second temps, profiter de ces questionnements et des opinions émises afin de débattre de ce qui pourrait être changé dans ces règles.
A ce stade, il est important que les éducatrices et les éducateurs aient réfléchi au préalable à ce qui relève du possible et à ce qui ne l’est pas. En amont de tout dispositif participatif, les professionnel·les doivent se questionner sur l’espace qu’ils et elles sont disposé·es à céder aux enfants. Autoriser les enfants à participer aux prises de décision va immanquablement leur permettre de se sentir pris en considération et reconnus dans ce qu’ils vivent et ce qu’ils pensent. Ce n’est évidemment pas l’objectif des ateliers philosophiques de parvenir à des décisions participatives modifiant le contexte institutionnel ; néanmoins, par sa puissance de remise en question de l’ordre des choses, la philosophie peut s’avérer un levier utile et être à la base d’autres types d’ateliers plus orientés sur le fonctionnement.
Analyse 2 : Un atelier spontané
Ce jour-là, nous étions à l’extérieur, dans la cour de récréation. Alice s’est approchée de moi et m’a dit : « Margaux, Sophia elle ne veut pas jouer avec moi. » Je l’ai questionnée sur la situation et lui ai demandé ce qui s’était passé. Elle m’a raconté sa version ; je lui ai suggéré d’aller vers Sophia afin qu’on puisse en discuter les trois. En arrivant vers Sophia, j’ai proposé aux filles qu’on discute de la situation ensemble. Le conflit partait d’un différend entre les deux enfants, l’une voulait jouer à un jeu de rôle et l’autre voulait jouer aux barres fixes. Lors de la discussion Alice a déclaré que Sophia n’était plus sa copine. Je l’ai questionnée : « Qu’est-ce que c’est une amie pour toi ? » Nous avons dialogué pendant dix bonnes minutes, ce qui a attiré une poignée d’autres enfants qui sont venus à côté de nous. Le conflit étant réglé, j’en ai profité pour aborder la même question de l’amitié avec le reste des enfants. Mathéo a pris la parole, il a dit que, pour lui, un ami c’est une personne avec qui il peut jouer ; Luca, lui, part sur un exemple, il a mentionné les jeux qu’il aime faire avec ses amis, il a dit également que, pour lui, un ami c’est quelqu’un qui vient jouer chez lui à la maison. Je leur ai posé la question suivante : « Etre un ami est-ce que ça signifie que je dois tout accepter ? » Plusieurs enfants m’ont répondu « non » en même temps, Alex a dit que ce n’est pas parce que son amie veut faire un jeu qu’elle est obligée de la suivre et qu’elle a le droit de faire comme elle a envie…
La discussion a duré encore un long moment, riche en partages.
La communication est un facteur primordial et sans doute une des habilités les plus importantes en matière de relations sociales. Les ateliers-philo peuvent être les lieux de renforcement de certains apprentissages fondamentaux en termes de vie en collectivité : par exemple, les règles de ne pas couper la parole, de ne pas juger, d’écouter, etc. J’ai pu observer à travers les échanges dans cette situation un respect mutuel entre chaque enfant. Peut-être cela est-il dû à un cadre moins strict et moins rigide qui favoriserait la fluidité des échanges ? A mon avis, ce qui a rendu cet épisode particulièrement riche, c’est avant tout le fait que la discussion philosophique partait des désagréments et des désirs des enfants eux-mêmes.
Il y a ici un enjeu au niveau relationnel, les enfants deviennent des êtres moraux lorsqu’ils ont la capacité de se mettre à la place de l’autre, avec leur propre maturation intellectuelle et sociale. Le rôle des pairs dans le processus de discussion et de négociation est fondamental dans le développement moral des enfants. « Le développement moral est un processus continu, fortement subordonné au développement cognitif. L’acquisition du cadre moral qui oriente le choix des décisions est un aspect central du développement humain. L’enfant devient un être moral quand il a la capacité de distinguer entre le bien et le mal, de se mettre à la place des autres et qu’il a le courage d’agir en conformité avec ses jugements » (Musson, 1999, p. 133). Dans notre exemple, les enfants ont pu faire l’expérience de dialoguer ensemble et de tenir compte des expressions de chacun·e.
« Respecter un citoyen, c’est respecter un individu qui a des droits ; respecter une personne, c’est prendre en compte sa dignité d’être humain. Une éthique discussionnelle respecte la personne au-delà de ses idées » (Tozzi, 2009). L’enfant comprend que ses pairs ont également des besoins qui attendent d’être satisfaits, ce qui suppose de pratiquer un échange donnant-donnant en termes d’écoute et de respect. Au fil de mes ateliers, je rappelle régulièrement que ces temps de discussion ne font ni gagnant·e, ni perdant·e.
Analyse 3 : Un atelier dirigé
Lors d’un atelier, nous avons abordé le thème des stéréotypes de genre. Pour animer cet atelier, j’avais pris la décision de montrer aux enfants un court métrage sur le site LaboPhilo[5]. Après la vidéo, j’ai posé aux enfants quelques questions en lien avec le thème, telles que : Y a-t-il des jeux pour les filles et des jeux pour les garçons ? Les filles et les garçons ont-ils plus de différences que de points communs ? Une fille peut-elle faire tout ce qu’un garçon peut faire ? Un garçon peut-il faire tout ce qu’une fille peut faire ? Ça veut dire quoi, être une fille ou un garçon ? Pour la question des différences, les réponses étaient surtout liées au physique, par exemple la longueur des cheveux. Un des garçons a donné l’exemple de la force, affirmant que les garçons auraient plus de force que les filles. A cela, Marine a rétorqué que c’était faux et que, pour elle, une fille aussi pouvait avoir de la force. Un autre enfant a abordé le sujet des jouets : pour lui, les filles ne peuvent pas jouer avec des petites voitures, « parce que c’est pour les garçons », et c’est sans grande surprise que, comme pour la force, cette réponse n’a pas plu à tout le monde…
L‘enfant construit son identité peu à peu, en apprenant notamment comment entrer en relation avec les autres. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont baignés dans les stéréotypes de genre. Dans cet atelier, je me suis appuyée sur une vidéo d’animation réalisée par LaboPhilo. Cette vidéo met en avant une enfant rêvant d’être dans la peau d’une guerrière sauvant un garçon d’un dangereux dragon. Après le visionnage de la vidéo, les questions suivantes ont été posées au groupe : « Y a-t-il des différences entre les filles et les garçons ? » « C’est quoi une fille et c’est quoi un garçon ? ». Les réponses se sont beaucoup axées sur le physique et les comportements : « Les filles, elles sont plus gentilles », « Les garçons, ils ont des cheveux courts », « Souvent les garçons, ça tape et c’est plus fort qu’une fille ». A la suite de ces interventions, je leur ai demandé si leurs affirmations pouvaient aussi s’appliquer au sexe opposé ?
Afin d’enrichir au maximum ces échanges, il semble important d’avoir un regroupement de pairs qui met en avant la relation à l’autre, l’interaction et la réciprocité dans les échanges permettant un « habitus démocratique ». Pratiquer la philosophie en communauté aide l’enfant à former ses jugements dès le plus jeune âge, ce qui lui permettra de développer ses valeurs et sa capacité de les exprimer. Comme l’écrit Dewey : « L’éducation, à travers l’interaction, donne l’occasion à l’enfant de repenser ses expériences antérieures et de les placer dans un contexte plus large » (cité par Beaudry, 2018).
Conclusion
Lors de la réalisation de mon travail de diplôme, je me rappelle encore avoir exprimé le désir d’être assez rigide sur la préparation de ces ateliers-philo. En réalité, une de mes craintes était que les enfants ne soient pas preneurs de ces temps de partages si je ne leur offrais pas un atelier servi sur un plateau. Cependant, j’ai pu m’apercevoir que les moments de discussions spontanées fonctionnaient tout aussi bien et même parfois mieux que ceux qui étaient préparés en amont.
C’est un élément observable dans l’analyse No 2 qui met en avant un échange partant d’un conflit entre deux filles. Selon mes observations, les ateliers « spontanés » poussent automatiquement à la cohésion de groupe, les enfants sont davantage preneurs, ils partagent, échangent entre eux. J’ai l’intime conviction que cela rend le dialogue plus facile, sans doute du fait que la présence ou la pression de l’adulte s’y fait moins forte et qu’il n’y a pas (ou moins) de réponses attendues.
Ce n’est pas pour autant que je remets en question les temps de parole à thèmes ; comme avec les ateliers spontanés, ceux-ci présentent des avantages. Divers questionnements peuvent être amenés aux enfants, leur permettant de se mettre en situation de débat. Ils apprennent par ailleurs à donner leurs points de vue, tout en tenant compte du point de vue de l’autre. C’est une façon de forger sa propre opinion et de commencer à prendre confiance en ses propres paroles.
Pour conclure, choisir ce sujet m’a permis de me rendre compte que nous sommes toutes et tous responsables de notre propre remise en question et qu’il est important d’apprendre à se positionner lors d’un débat de groupe, autant chez l’adulte que chez l’enfant. En ce qui me concerne, ce projet m’a appris à ne pas imposer mes idées et mes points de vue, mais plutôt à me mettre en retrait, et je pense à l’avenir intégrer plus les enfants dans le choix des thèmes des ateliers.
Margaux Bally
Bibliographie
Beaudry, Nadia (2018), Le défi de la pensée créative en Philosophie pour les enfants, Mémoire de maîtrise, Université Laval, Québec.
Blond-Rzewuski, Olivier (dir.) (2018), Pourquoi et comment philosopher avec des enfants ? De la théorie à la pratique en classe, Hatier, Paris.
Gravillon, Isabelle (2021), « Comment la pensée critique vient aux enfants », L’école des parents, N° 638, pp. 28-24.
Hawken, Johanna (2016), Philosopher avec les enfants : enquête théorique et expérimentale sur une pratique de l’ouverture d’esprit, Thèse de doctorat, Université Paris I Panthéon-Sorbonne.
Musson, Steve (1999), Les services de garde en milieu scolaire, PUL, Québec.
Tozzi, Michel (2009), « Pratiquer la philosophie avec les enfants, quels enjeux ? » : www.philotozzi.com (consulté le 7 avril 2022).
[1]-UAPE, Unité d’accueil pour écoliers. Il s’agit de structures d’accueil parascolaire.
[2]-ESEDE, Ecole supérieure en éducation de l’enfance, Lausanne.
[3]-UNICEF (n.d.), Pour le droit des enfants à l’expression et à être entendus. https ://www.unicef.fr/article/pour-le-droit-des-enfants-a-lexpression-et-a-etre-entendus/(consultée le 12 juillet 2022).
[4]-Tous les prénoms ont été modifiés.
[5]-Il s’agit du film d’animation Le jouet réalisé par Cathala, Noémie, et disponible sur : https ://www.labophilo.fr/
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