Témoignage d’Arthur, petit garçon de 6 ans et demi qui vit en Valais avec sa mère et son père. Il vient d’accueillir dans sa maison sa petite sœur. Au quotidien, Arthur a souvent des propos, des avis et des anecdotes qui questionnent les rôles, pratiques et normes de genre. Son témoignage a été recueilli et enregistré par sa mère, qui le relançait sur ces récits antérieurs et plus spontanés. Ses propos ont été retranscrits, réorganisés et mis en texte ci-dessous par Stéphanie Monay, cocoordinatrice du présent numéro. Les prénoms dans le témoignage d’Arthur ont été modifiés.
Je m’appelle Arthur et j’ai 6 ans et demi. Les filles, elles peuvent faire la même chose que les garçons. Par exemple, les filles, elles peuvent jouer aux poupées et les garçons aussi ou, par exemple, les garçons, ils sont la même chose que les filles, sauf qu’ils n’ont pas le même corps. Oui, le même corps, mais pas en bas, pas le zizi. Papa, il peut faire pipi debout, maman, elle ne peut pas. Les filles et les garçons peuvent suivre les règles qu’ils veulent, sauf aller dans les toilettes garçons ou filles, sauf si c’est des toilettes mixtes, là on peut aller dans les mêmes, mais si c’est des toilettes garçons ou filles, il faut aller dans les autres. A l’école, c’est garçons-filles. S’il y a la femme de ménage qui nettoie les toilettes, on peut aller chez les filles. De toute façon, c’est la même chose dedans, ça ne change rien.
Mais ça ne change rien dans les jeux. Il n’y a pas de différence. Certains adultes, ils font la différence, mais pas tous. Les filles, elles ont des cheveux longs, des fois, et les garçons les cheveux courts. Mais des fois, ce n’est pas comme ça. Sinon, on peut faire tout pareil. Maman, elle peut se mettre des boucles d’oreilles. C’est plus les filles qui peuvent mettre des boucles d’oreilles. Maman, elle peut mettre du vernis à ongles dur et moi que du vernis à l’eau. Les filles, elles ont des boucles d’oreilles, mais on peut faire comme on veut. On dit que les filles, c’est des filles, et que les garçons, c’est des garçons, c’est ça la différence. Des fois, les filles, elles sont plus gentilles que les garçons, des fois. Non, les garçons et les filles sont gentilles. Par exemple, les garçons peuvent s’habiller en robe et les filles en pantalon. Mais moi, je ne le fais pas, mais c’est possible de le faire.
Une fois, j’ai acheté des pantoufles licornes roses et, à l’école, [Jenna], elle m’a dit quelque chose sur mes pantoufles, que c’étaient des pantoufles de filles. J’ai dit à maman et, maman, elle a dit de lui dire de « parler à ma main ». Et le parapluie de la Reine des neiges, je voulais échanger les parapluies parce que j’avais peur que [Jenna], elle me dise que c’est pour les filles. Mais maintenant, elle ne me dit plus rien.
J’ai voulu une petite sœur, parce que, moi, je suis un garçon et je voulais une fille. Si c’était un garçon, ce n’était pas grave, j’aurais été un peu moins content, mais ce n’était pas grave. Parce qu’elles parlent plus, les filles. Elles sont douces. Les petits frères, c’est doux aussi, mais les sœurs plus, je les aime plus. Je n’arrive pas à dire pourquoi. C’est comme ça.
Ce qui me rend triste aussi c’est de ne pas pouvoir avoir un bébé dans le ventre. J’aimerais bien porter un bébé dans mon ventre. Si j’étais une fille, je m’appellerais Juliette, je devrais faire pipi avant d’aller dans la forêt parce que c’est super dur de faire pipi dans la forêt pour les filles, elles doivent être accroupies. Je mettrais une robe pour aller à l’école. Et je ferais un bébé quand je serais grande.
Regard sur le regard d’Arthur
Dans les propos d’Arthur, la différenciation des genres reste encore floue pour lui, même s’il constate des différences liées à la parure sexuée et aux modes de miction. Sa focalisation sur les toilettes et la manière d’uriner manifeste à quel point ces infrastructures et ces pratiques, si primitives qu’elles peuvent paraître, agissent comme « puissant opérateur de genre » (Bourcier, 2014). Tout comme dans les propos de Martin (dans ce numéro), on saisit la difficulté pour les petits garçons d’assumer leurs goûts socialement perçus comme féminins face au regard de leurs pairs. L’article d’Amélie Charbonneau et ses collègues (dans ce numéro) le souligne également s’agissant des préadolescent·es québécois·es.
Bibliographie
Bourcier, S. (2014, 11 juin). Les toilettes, là où trône le genre. Slate.fr. https ://www.slate.fr/story/88047/toilettes-genre
Charbonneau, A., Richard, G., Graindorge, A., Vallerand, O. & Houzeau, M. (2025). Acquisition des normes d’hétérosexualité et de genre binaire : enquête auprès d’élèves de l’école primaire québécoise. Revue [petite] enfance, 148.
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